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La Deuxième Guerre mondiale : les phases de la guerre

  • didiercariou
  • 21 août 2023
  • 25 min de lecture

Dernière mise à jour : 23 févr.


Par Didier Cariou, maître de conférences HDR en didactique de l’histoire à l’Université de Bretagne Occidentale





Mots-clés :

Pacte germano-soviétique, Axe, Entrée en guerre, guerre-éclair, Lebensraum, Drôle de guerre, Expédition de Narvik, Campagne de France, Dunkerque, Débâcle, Armistice, Bataille d’Angleterre, Churchill, Mers-el-Kebir, Charte de l’Atlantique

Attaque de l’URSS, Prisonniers de guerre soviétiques, Pearl Harbor, Carte de l’Europe en 1942, Camps de concentration, Centres de mise à mort, Stalingrad, El-Alamein, Débarquement en Afrique du nord, Midway, Débarquement en Sicile, Débarquement en Normandie, Débarquement de Provence, Conférence de Yalta, Capitulation allemande, Conférence de Potsdam, Hiroshima, Nagasaki, Capitulation du Japon

Que dit le programme ?



Comme pour la Première Guerre mondiale, il est attendu que l’étude de la Seconde Guerre mondiale parte des traces qui en sont restées dans les paysages, dans les archives, dans la mémoire familiale.

Dans la fiche Eduscol, il est indiqué incidemment que les concepts centraux de ce chapitre sont ceux de la violence de guerre et de la guerre d’anéantissement qui permettent de structurer l’étude. La fiche Eduscol précise également qu’une erreur serait de présenter les deux guerres mondiales successivement, sans travail de comparaison. Malheureusement, elle ne propose pas vraiment des modalités de comparaison accessibles à des élèves de CM2 et, personnellement, je ne vois pas bien comment faire. La comparaison entre le génocide des Arméniens et les génocides des Juifs et des Tsiganes semble évidemment souhaitable. Pour le reste, la focale très franco-centrée du programme rend la comparaison difficile entre la France engagée dans la guerre des tranchées et la France occupée par l’armée allemande.

Le point de comparaison peut être celui du rapport entre violence de guerre et guerre d’anéantissement. Le concept de violence de guerre s’applique parfaitement à la Première Guerre mondiale à propos de laquelle on étudie la violence subie par les combattants et celle que ces combattants ont pu exercer. Ce concept s’applique également aux combattants de la Seconde Guerre mondiale mais doit être complété par celui de guerre d’anéantissement qui rend compte des bombardements massifs des villes anglaises, des villes allemandes et des villes japonaises, des batailles (Stalingrad) qui ont conduit à la mort de plusieurs centaines de milliers de combattants à chaque fois. Les massacres massifs de populations civiles en Europe de l’Est et, ponctuellement en Europe du Sud et de l’Ouest, et, bien entendu le génocide des juifs et le génocide des Tsiganes, participent de cette guerre d’anéantissement. L’objectif de ce chapitre est d’essayer de comprendre l’escalade de la violence de guerre à la guerre d’anéantissement.

Dans ce chapitre, nous abordons uniquement les phases de la guerre afin d’indiquer le contexte militaire général de l’occupation de la France et du génocide des Juifs et des Tsiganes. Ce point sur les phases de la guerre ne semble pas être attendu du programme du cycle 3, mais il peut sembler utile d’en rappeler les grandes étapes. Il est possible de ne pas lire ce blog si l’on connaît déjà l’essentiel du contexte général de la guerre.


1. Les offensives de l’Allemagne et de ses alliés (1939-1941)

1.1 La campagne de Pologne

On pourrait considérer que la Deuxième Guerre mondiale a débuté en 1937 avec la déclaration de guerre du Japon (allié de l’Allemagne depuis 1936) à la Chine, inaugurant des combats et des massacres atroces de populations civiles chinoises qui se déroulèrent jusqu’à la capitulation du Japon face aux États-Unis, le 2 septembre 1945. Mais nous devons adopter ici un point de vue européo-centré.

En Europe, la guerre a commencé le 1er septembre 1939. Le 23 août 1939, l’URSS de Staline signa avec l’Allemagne de Hitler le pacte germano-soviétique de non-agression accompagné d’un protocole secret organisant le futur partage de la Pologne entre les deux puissances. Ce pacte permettait à Hitler de faire la guerre à l’ouest sans se soucier dans l’immédiat de la menace soviétique à l’est. Il laissait le temps à Staline de reconstituer l’armée soviétique après les purges qui avaient conduit à l’exécution de la plus grande partie des généraux et des officiers supérieurs soviétiques. Assurée de la neutralité (temporaire) de l’URSS, Hitler se trouvait à la tête des forces de l’Axe, qui regroupait l’Allemagne, l’Italie puis le Japon.

Le 1er septembre 1939, l’armée allemande pénétra en Pologne sans déclaration de guerre. Alliées de la Pologne, la France et la Grande Bretagne déclarèrent la guerre à l’Allemagne, le 3 septembre 1939. L’armée allemande mena une guerre-éclair (Blitzkrieg) en Pologne : l’aviation bombardait les aérodromes, les nœuds routiers et ferroviaires tandis que les blindés et l’infanterie motorisée envahissaient la Pologne qui fut vaincue en trois semaines. Aussitôt, les Allemands entreprirent la liquidation physique des élites polonaises et commencèrent à s’en prendre aux Juifs. Le 18 septembre 1939, l’armée soviétique envahit l’est de la Pologne, conformément aux clauses du protocole secret du pacte de non-agression.


Encadré : le Lebensraum

A partir de l’automne 1939, les nazis commencèrent à organiser la politique de colonisation de ce qu’ils nommaient l’espace vital (Lebensraum), à savoir les territoires d’Europe de l’Est peuplés de populations slaves et/ou de religion juive, considérées comme des races inférieures. Les Juifs devaient disparaître à court terme (au départ, les nazis pensaient les regrouper dans des ghettos puis les exiler dans des contrées lointaines où ils disparaîtraient faute de soins et de nourriture, mais ils décidèrent finalement leur l’extermination systématique à l'automne 1941). Les slaves devaient être réduits en esclavage pour travailler dans des centres de mise en valeur agricole attribués à des colons allemands et répartis (selon la logique du modèle des "lieux centraux" de Walter Christaller, 1933) sur tout l’espace de la plaine qui s’étend de la Pologne à la Russie en passant par l’Ukraine et la Biélorussie. La disparition des populations slave par le manque de nourriture et les mauvais traitements était programmée sur le long terme, une fois que cette main d’œuvre ne s’avérerait plus nécessaire aux colons allemands. D'ici là, toutes les atrocités contre les populations civiles de Pologne, des pays Baltes, de la Biélorussie et de l'Ukraine, étaient permises par l'idéologie nazie.

1.2 La Drôle de guerre et la campagne de France

1.3 La bataille d’Angleterre et la guerre en Méditerranée

2. La guerre devint mondiale (1941-1942)

2.1 L’offensive allemande contre l’URSS : l’opération Barbarossa

Le 22 juin 1941 (le même jour que celui de l’offensive de Napoléon contre l’Empire russe le 22 juin 1812), l’armée allemande et ses alliés finlandais, hongrois et roumains attaquèrent l’URSS. Au total, 3 millions de soldats, 10 000 chars et 3 000 avions furent engagés contre l’URSS. L’offensive allemande fut rapide et brutale car l’armée soviétique, décapitée par les purges staliniennes de 1936-1938, ne s’était pas encore totalement réorganisée. En outre, Staline ordonna aux soldats soviétiques de défendre coûte que coûte leurs positions, ceux qui reculaient étant considérés comme des déserteurs. Ce ordre désastreux eut pour effet la capture en quelques semaines de près de 1,5 millions de soldats soviétiques par l’armée allemande. Durant toute la guerre, plus de 5 millions de soldats soviétiques furent faits prisonniers de guerre. Ils furent parqués dans des camps où ils subirent des mauvais traitements, ils furent sous-alimentés, parfois exécutés. Le racisme et l’anticommunisme des nazis et de l’armée allemande en général expliquent le traitement inhumain des prisonniers de guerre soviétiques dont 3 millions seulement survécurent (à leur libération, ils furent directement internés dans les goulags soviétiques officiellement parce qu’ils étaient des lâches qui avaient préféré capituler plutôt que de mourir au combat, en réalité parce que les souffrances qu’ils avaient endurées lors de leur captivité risquaient de les pousser à formuler des revendications).

Durant l’été et l’automne 1941, l’armée allemande envahit les pays baltes, la Biélorussie et la plus grande partie de l’Ukraine. Durant cette période commença le génocide des juifs que nous évoquons dans le post sur les génocides. Durant toute la guerre à l'Est, l'armée allemande commit d'innombrables atrocités contre les populations civiles jugées comme inférieures. Cette guerre était conçue par les nazis comme une par une grande partie des officiers allemands comme une guerre idéologique et raciale, comme une guerre d'anéantissement des Juifs, des communistes et des populations slaves en général. On a cru longtemps que les crimes de guerre à l'Est avaient été commis uniquement par les SS et que les soldats de la Wehrmacht avaient su garder leur intégrité morale. Or, nous savons maintenant que la Wehrmacht a commis des crimes de guerre contre les populations civiles et parfois même contribué au génocide.

En novembre 1941, le front se stabilisa devant Leningrad au nord (un million de personnes moururent de faim et dans les bombardement durant le siège de Leningrad par l’armée allemande), et devant le Donbass, en Ukraine, au sud. L’offensive allemande fut stoppée à 20 km de Moscou par des contre-offensives soviétiques, en décembre. L’hiver fut terrible pour les soldats allemands qui n’étaient pas équipés contre le froid et qui subirent des contre-attaques soviétiques qui permirent de dégager Moscou. Cet épisode marqua surtout la fin du blitzkrieg à l'Est.

2.2 L’attaque japonaise et l’entrée en guerre des États-Unis

3. De la suprématie des forces de l’Axe à la victoire des Alliés (1942-1945)

3.1 L’Europe sous la domination nazie

L’année 1942 marque l’apogée de la domination nazie sur l’Europe

Le Grand Reich était composé des territoires peuplés par les populations germanophones ainsi que les territoires assimilés par les nazis au Lebensraum : la Pologne réduite à un Gouvernement général dépendant du Grand Reich et les deux Commissariats du Reich de l’Ostland et de l’Ukraine. Ces territoires furent pillés par les Allemands, les populations civiles furent décimées, parfois réduites en esclavage et les femmes souvent déportées comme main d’œuvre dans les usines en Allemagne. De nombreux partisans y poursuivirent le combat contre l’armée allemande aux prix de grandes difficultés. Ces territoires furent également le lieu de la Shoah : après la concentration des Juifs dans les ghettos et la Shoah par balles, les centres de mise à mort y furent installés à partir de 1942. L'historien américain Timothy Snider a nommé l'ensemble de ces territoires les "terres de sang".

Les États satellites d’Europe centrale et des Balkans, même s’ils étaient officiellement souverains, dépendaient du bon vouloir des Allemands. Ils fournissaient des ressources au Grand Reich ainsi que des forces militaires. Au-delà, se trouvaient des pays soumis à une occupation militaire : Norvège, Danemark, Pays-Bas, Belgique, Nord de la France, Grèce. Ils fournissaient à l’Allemagne des ressources financières, des produits agricoles et industriels. A partir de 1942, les jeunes gens de ces pays furent forcés d’aller travailler en Allemagne. Un certain nombre d’entre eux y échappèrent en s’engageant dans la clandestinité. Enfin, le sud de la France était administré par le régime de Vichy qui pratiquait une politique de collaboration avec l’Allemagne nazie.

S ource : https://www.secondeguerre.net/hisetpo/gu/hp_europenazie.html


Il ne faut pas oublier non plus un phénomène qui ne peut être cartographié, à savoir les gigantesques déportations du travail. En effet, comme les hommes allemands étaient mobilisés dans les armées, et comme les femmes étaient confinées aux tâches domestiques par l'idéologie nazie, l'Allemagne nazie consomma un volume considérable de travailleuses et de travailleurs forcés, déportés depuis les territoires occupés vers le territoire du Reich, pour alimenter la machine de guerre nazie : des femmes capturées en Ukraine, en Biélorussie et en Russie, des prisonniers de guerre français, des hommes et des femmes d'Europe occidentale (volontaires ou contraints). En février 1944, 7,3 millions d'étrangers travaillaient sous la contrainte en Allemagne. Cela conduisit à un énorme paradoxe : alors que les nazis prétendaient protéger la pureté de la race, ils avaient transformé l'Allemagne en un gigantesque camp de travail où se croisaient des populations "ennemies" venues de l'Europe entière. De même, les combats virent la destruction des jeunes hommes qui devaient constituer la base du Reich millénaire. Le nombre de soldats allemands tués au combat connut en effet une forte croissance : 357 000 morts en 1941, 572 000 en 1942, 812 000 en 1943, 3,3 millions entre l'été 1944 et l'été 1945.

L’Europe sous domination nazie était parsemée de camps de concentration et de centres de mise à mort. Les camps de concentration étaient situés surtout sur le territoire de l’Allemagne et de l’Autriche. Ils avaient été ouverts dès 1933 en Allemagne pour enfermer les opposants politiques (essentiellement les communistes) mais également les délinquants et les criminels (les droits communs), sous l’autorité de gardes SS. Les détenus étaient soumis au travail forcé et à des mauvaise traitements. Les prisonniers de droit commun exerçaient les fonctions subalternes de surveillance et avaient tous les pouvoirs pour affamer, maltraiter, rançonner les prisonniers politiques. Dans certains camps (par exemple à Buchenwald), les détenus communistes parvinrent à éliminer les droits communs et à assurer la gestion du camp, ce qui permit à certains d’entre eux de survivre jusqu’à l’effondrement du Troisième Reich. Une fois la guerre venue, les camps de concentrations servirent à enfermer également les résistants des différents pays européens conquis par l'armée allemande, ainsi que de nombreux civils des pays de l’Est et parfois des soldats soviétiques. On estime que près des deux tiers des déportés disparurent dans ces camps.

Ce qui est appelé « camp d’extermination » sur la carte ci-dessous étaient en réalité des « centres de mise à mort ». Il ne s’agissait pas de « camps » dans la mesure où ne s’y trouvaient que des baraquements pour les gardes et quelques Juifs asservis servant dans les chambres à gaz et des fosses communes. Les Juifs déportés des principaux ghettos polonais étaient tous assassinés dans les chambres à gaz dès l'arrivée de leur train. Le camp d’Auschwitz constituait une exception puisqu’il était composé de deux camps de concentration (Auschwitz I et Auschwitz III Monowitz où étaient installée des usines) et d’un centre de mise à mort installé dans la camp d’Auschwitz II Birkenau. C’est la raison pour laquelle les juifs déportés à Auschwitz depuis l’Europe de l’Ouest et du Sud subissaient une « sélection » dès leur descente du train. Les adultes en bonne santé étaient sélectionnés pour travailler tandis que les autres personnes étaient assassinés le jour même (voir le post sur les génocides).


Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Camps_de_concentration_nazis#/media/Fichier:WW2_Holocaust_Europe_N-E_map-fr.svg

3.2 Les tournants de la guerre (1942-1943)

3.3 Vers la victoire des Alliés (1944-1945)

3.4. L’organisation de la victoire et de la paix

Conclusion

Le bilan de la Deuxième Guerre mondiale est bien connu. Des pays entiers étaient en ruine : le Japon, l'Allemagne, la Pologne, La Biélorussie, l'Ukraine, l'ouest de la Russie. L'Italie, la France et la Grande Bretagne étaient économiquement exsangues. Seuls les Etats-Unis sortirent renforcés sur le plan économique. Le bilan humain est terrible : entre 60 et 70 millions de morts, dont la plus grande partie était constituée de civils, victimes de génocide, victimes d'exactions et des bombardements, victimes de la faim (par exemple, 1,5 millions de morts de faim au Bengale) et de maladies. L'Union soviétique perdit entre 22 et 27 millions de personnes, l'Allemagne entre 6 et 8 millions, le Japon entre 2,5 et 3 millions, la Chine entre 10 et 20 millions.

L'humanité sortit également traumatisée de la guerre. Les images des camps de concentration libérés par les armées alliées au printemps 1945 montrèrent l'ampleur des mauvais traitements qui pouvaient être infligés à des êtres humains. Le bombardement atomique de Hiroshima et Nagasaki firent prendre conscience à l'humanité qu'elle disposait désormais de moyens de destruction massifs. Vingt-quatre dirigeants nazis furent jugés par les Alliés lors du procès de Nuremberg qui s'est tenu du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Ils furent jugés pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre, et crimes contre l'humanité. De même, vingt-huit dirigeants japonais (mais pas l'empereur) furent jugés pour des motifs identiques lors du procès de Tokyo, en 1946.

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